L'écotourisme a le vent en poupe. Pour sa quatrième édition, en octobre dernier, le Salon du tourisme durable, éthique et équitable de Bruxelles, créé à l'initiative de Marie-Paule Ezkénazi, directrice de l'ASBL "Tourisme autrement"(1), avait réuni 130 exposants pour 60 lors de sa première édition: c'est plus qu'un frémissement. Une tendance qui se confirme cet été: gîtes et hôtels écolos, guides de voyages "durables", échange d'habitations, écovolontariat, vacances sans voiture, compensation des transports émetteurs en CO2, les offres alternatives se multiplient, et rencontrent un succès croissant auprès des vacanciers soucieux de pratiquer un tourisme respectueux de l'environnement et des populations locales.
Un petit bémol, cependant: ce type de vacances séduit surtout les catégories socioprofessionnelles supérieures, au fort pouvoir d'achat. Les 25-30 ans, et les plus de 45 ans, en sont également les plus friands. Le public familial "de base", lui, se montre plus réticent: la formule "hôtel-piscine" au soleil y fait davantage d'émules. Mais, peu à peu, les choses changent, les mentalités évoluent. Le relais médiatique se fait plus important, les pouvoirs publics encouragent désormais le tourisme responsable et de proximité. La responsabilisation des touristes a commencé par la dénonciation du tourisme sexuel; aujourd'hui, elle est devenue bien plus large.
Que recherchent les "écotouristes"? Donner du sens à leurs déplacements. Les enrichir d'une relation à l'autre, les accompagner d'une exigence éthique, équitable, humaine et environnementale. En bref, ils veulent pratiquer un tourisme "non contaminateur", qui leur permettra d'aller à la rencontre de l'autre autant que d'eux-mêmes, qui les enrichissent personnellement et profitent également aux populations locales.
Qui dit augmentation de la demande dit bien sûr augmentation de l'offre et intérêts économiques. Certains gros opérateurs l'ont bien compris, qui se revendiquent de l'écotourisme pour améliorer leur image de marque. Pour qu'un voyage soit soutenable, 70 % au moins de son coût (hors billet d'avion) devraient être redistribués sur place, dans la région d'accueil. Les industriels du tourisme, même ceux qui se donnent une image "éco", sont très loins du compte. En général, les vrais opérateurs en écotourisme sont de petite taille. Citons, notamment, Sans Inverse(2), une petite agence de voyage dinantaise qui organise des voyages et des randonnées en terres lointaines, mais aussi en Europe et dans les Ardennes belges, depuis une dizaine d'années. Ce type d'organisateurs travaille dans le respect des populations locales, favorisent le commerce local, veillent au respect de l'environnement – principalement à la gestion de l'eau -, travaillent avec des guides locaux, proposent des produits du cru et rémunèrent correctement leurs partenaires sur place.
Les gros opérateurs, eux, imposent le plus souvent leurs conditions aux pays de destination. Leurs tarifs sont alléchants, certes, parce qu'ils achètent "en gros" les chambres des complexes hôteliers, leur assurant par là une occupation maximale, mais à prix évidemment cassé. Résultat, très peu d'argent atterrit effectivement dans la poche des gérants locaux. Et que dire de ces quartiers populaires que l'on rase parfois afin d'y implanter de grosses structures touristiques? Et de cette eau gaspillée pour garantir la verdeur des alentours de l'hôtel, la magnificience des plantations et celle d'une piscine surpeuplée, alors que la population locale manque cruellement d'eau potable? Et des émissions de CO2, auxquelles le tourisme contribue à concurrence de quelque 5% du total, ce qui est loin d'être négligeable? Et de la standardisation de l'offre, poussée à un point tel que vos photos de vacances, au bord d'une piscine en Tunisie, ressembleront à s'y méprendre à celles de vos amis partis dans le même genre de complexe hôtelier en Thaïlande?
Il reste, bien entendu, du chemin à parcourir. Le poids économique et financier des opérateurs "classiques" est souvent gigantesque, et leur chiffre d'affaires dépasse parfois le PIB de certains pays en développement affectionnés par les touristes. On se souviendra de la tentative du gouvernement gambien, voici quelques années, d'interdire les formules All In sur son territoire car les retombées économiques pour le pays étaient extrêmement faibles et inversément proportionnelles aux dégâts produits à l'environnement. Des voyagistes ont rayé la Gambie de leur catalogue de destinations: la Gambie a dû faire marche arrière...
(1) www.tourisme-autrement.be
(2) www.sensinverse.eu